L’un de mes premiers 45tours rétro, arrivé dans ma
collection vers le début des années 90, un peu par hasard. Je m’étais dit en
écoutant ce morceau : hey mais c’est super, en fait ! Le monkiss est
sensé être une danse et un style de musique, en fait c’est du rock, comme le
twist, le surf ou le jerk. Les noms et les modes se succédaient tous les ans,
voire plus vite.
C’est très rythmé, martelé un peu comme une marche, mais
avec un mélange bien cliché d’arrangements hispaniques très festifs
(olé !). J’aime ces paroles : « On m’avait dit qu’en Espagne, on
dansait le flamenco (oh oh oh oh) / Mais, surprise, on ne dansait que le
monkiss ! », chantées façon Guy Marchand dans La Passionata.
Les trois autres tires du EP ont peu d’intérêt (Les
chinois, Mon porte-bonheur, Comme la lune), mais à cause de ce Spanish monkiss,
j’ai passé des années à ramasser ici ou là des Jacques Helian, en espérant
retomber sur un autre titre aussi bon et claquant. En fin de compte, il faut bien admettre
que la grande majorité de ses productions est très moyenne, même si on trouve
des trucs sympathiques de temps en temps, comme le Cha cha cha des thons, La
samba fantastique, Por favor, ou encore Lolo… Lola. J’ai gardé 7 EP
en tout, mais pour un bon paquet d’autres rejetés à la mer…
La production d’Helian est pléthorique, démarrant sur
78tours à la fin de la guerre de 40 et se poursuivant avec régularité jusqu’à la
fin des années 60. Sur Discogs, je n’ai même pas retrouvé trace de mon EP,
parmi des dizaines de références ! Mais il y a par contre un autre groupe
de chez Barclay qui a enregistré sa version du Spanish monkiss, en 1966,
ce sont The Geminis. Je n’ai pas le 45tours mais j’ai le morceau sur une compile
33tours (du genre Surprise party chez machin…). C’est une bonne version aussi,
peut-être un peu plus rock, mais moins percutante que celle de l’orchestre
d’Helian, avec tous ses chœurs et ses trompettes. En définitive, je ne suis pas
sûr de savoir quelle version est l’originale ou la reprise.
En tout cas, ça reste l’un de mes morceaux fétiches,
comme le I love kate de Luis Pena (par exemple), pour faire danser et
sauter tout le monde au plafond, dans une de ces pures boums qui n’existent
malheureusement que dans mon imagination.
En ce moment les sorties de livres plus ou moins
autobiographiques et en lien avec le rock en France se succèdent, à commencer
par celle de l’ami Charlie Batalla. Il est un peu plus jeune que moi
mais on vient du même coin : Reims et Epernay. Dans La vie est à
nous, il raconte une partie de sa vie, des années collège au début de
la vie active, en passant par le lycée, les copains et surtout la musique,
surtout punk, et tout ce qui tourne autour : concerts, cafés, fanzine,
substances euphorisantes diverses et variés… Mais aussi le graphisme, qu’il a
étudié et mis à profit pour faire des flyers, affiches ou pochettes de disques,
et les voyages, sans filet, à l’aventure à travers quelques coins de France,
puis d’Angleterre et du Mexique. C’est direct, sincère et touchant, avec un
itinéraire improbable mais sur lequel il fonce sans peur ni calcul, à la
découverte de on verra bien quoi… Par ailleurs, ça parle aussi beaucoup de Zabriskie
Point, un groupe punk de Nantes dont il était fan et dont les membres
deviendront ses amis. Il cite plusieurs extraits de leurs textes qui l’avaient
bien marqué ; il faut dire que le chanteur est devenu un écrivain assez
connu depuis : François Bégaudeau.
Une autre personnalité assez connue, dans le milieu du rock
en tout cas, vient également de sortir un livre : Didier Wampas. Et
ça s’appelle Punk ouvrier. C’est pas mal, mais malheureusement,
ce n’est pas une autobiographie, c’est plutôt un recueil de ses textes de
chansons, sommairement commentées. Il y a quand même des pages de texte,
heureusement, pour situer le contexte et c’est ça qui m’a le plus intéressé,
déjà parce ce que ses paroles, on les connait, donc ce n’est pas indispensable
de les relire et surtout parce que pour moi, les textes ont toujours été
secondaires par rapport à la musique. Il faut qu’ils s’accordent à elle pour
vraiment trouver leur impact. D’ailleurs Didier Wampas en fait la preuve avec
certaines de ses chansons qui sont basées presque uniquement sur des
onomatopées, du genre wha wha ouh ! ou yeah yeah ! qui
n’ont aucun intérêt sans le phrasé et la musique qui vont avec. J’ai été un
grand fan des Wampas, de 1990 à 2000 environ et je les ai souvent vus en
concert : ça valait le détour ! Surtout la première fois, à Reims en
1990, avec Marc Police à la guitare (et Ben Sam à la basse : la « vraie »
formation), mais même ensuite, ça restait excellent. Donc c’est super de lire
un peu leur historique racontée de l’intérieur, mais plus le livre avance,
moins il y a de commentaires et puis les albums sont moins bons à partir des
années 2000. Mais ce livre vaut le coup quand même, pour toutes les infos sur
les débuts du groupe, la scène parisienne rock and roll des années 80 et la
vision de Didier Wampas. Et quel bonheur ensuite, que de réécouter Le
dernier train pour Pontoise, Surfin love ou Comme un ange qui
pleure !
Mais jamais deux sans trois et voilà encore un autre regard
sur cette époque, celui d’Yves Calvez, le bassiste des Coronados,
autre mythique groupe de rock parisien des années 80. Ses propos sont recueillis
par Patrick Scarzello, excellent reporter aujourd’hui basé à Bordeaux
mais autrefois à Paris, durant quelques années qu’il évoque un peu ici. Drôle
de format, un peu sur le mode discussion de comptoir de bar, mais elle
correspond bien au sujet. Calvez balance tout à trac ses souvenirs et sa vision
des choses : lui, Bernard Lepesant (le guitariste chanteur) et les autres
avaient des idées bien arrêtés sur tout un tas de trucs et c’est intéressant de
voir quelles étaient leurs influences, leurs rapports avec les autres groupes,
leur mode de fonctionnement… Là non plus, il ne s’agit pas d’une biographie au
sens classique du terme, mais cette conversation recèle une part de vérité
sûrement bien plus personnelle que ce qu’on peut lire dans des livres de
facture plus traditionnelle. Et c’est publié aux excellentes éditions Mono-Tone,
du niçois Memphis Mao.
-La vie est à nous : avec le groupe punk
Zabriskie Point / Charlie Batalla (Des gens de l’occident, 2024)
-Les Coronados : esthètes, fainéants
& sauvages : un mystère du rock français 80’s / Patrick
Scarzello ; conversation avec Yves Calvez (Mono-Tone, 2024)
Je connaissais Jean Yanne, comme tout le monde, depuis à peu
près toujours (j’étais juste assez grand pour voir Deux heures moins le
quart avant Jésus Christ à sa sortie au cinéma, en 1982). Sacré personnage,
à la fois acteur, metteur en scène, comique, chroniqueur radio et télé… mais
aussi chanteur et compositeur.
Les disques de lui qu’on trouve le plus facilement sont ses
sketchs (Le permis de conduire, Les routiers…) qui ont dû être très
populaires à l’époque, mais qui ne sont pas non plus géniaux (à écouter une
fois, ça va). Ensuite, il y a les BO qu’il a composées ou produit, pour ses 7 films
en tant que réalisateur, de 1972 à 1984 et qui recèlent quelques perles ici et
là (je n’ai d’ailleurs pas encore tout entendu), mais dans l’ensemble, ça sonne
assez disco et musique commerciale de cette époque.
Par contre, il y a aussi quelques trucs qu’il a enregistrés
avant, dans les années 60. Et là, il y a des chansons vraiment
excellentes ! J’avais déjà vu le scopitone de J’aime pas le rock
sur Internet ou à la télé, mais c’est seulement quand cette compilation CD est
sortie en 2003 que j’ai pu entendre toutes ses œuvres de jeunesse. Et alors,
quelle belle claque ça a été ! Ce beau CD cartonné recèle en plus un
livret d’une vingtaine de pages, avec textes et photos. Il y a 25 titres, dont
3 sketches à la fin, ce qui fait 22 morceaux de musique, tous chantés par Jean
Yanne. Ils sont présentés par ordre chronologique, de 1958 à 1966.
Il a fait un premier EP en 1958, d’où se démarque surtout
l’excellent La légende orientale, dans un style cha-cha
« oriental », c’est-à-dire incorporant des influences rythmiques et
mélodiques de musique arabe ou magrébine (il y en avait pas mal à cette époque,
comme le standard Mustapha ou encore plusieurs chansons d’Henri Genès).
Bonne musique entrainante et paroles amusantes, sans oublier une belle voix,
très chantante et originale, avec une diction très ciselée. J’ai aussi un
faible pour La gamberge, dans un style beaucoup plus classique et
sérieux, très années 50, sur un rythme de valse, assez touchant, comme a pu
l’être parfois Bourvil (Le petit bal perdu) ou encore Gainsbourg a ses
débuts (La chanson de Prévert).
Ensuite, Jean Yanne a sorti deux autres EP mais pas sous
nom, ce qui complique un peu les recherches discographiques. En 1960, c’est
sous le nom incongru de « Honzlagur Pompernickel et sa dame »
qu’il sort « Le disque le plus triste de l’année », avec 4 nouvelles
chansons bien marrantes, dans un style musical très jazz, cette fois-ci. Mes
préférées sont Psychose et Allo… Sasha… ?, cette dernière sonnant
déjà assez rock, ce qui annonce la suite.
En 1961, il sort un EP sous le nom de « Johnny
'Rock' Feller et ses 'Rock' Child », et là ça y est : 4 titres de
bon rock’n’roll avec un chouette son de guitare électrique et de batterie. Bon,
la musique reste encore assez bon enfant, du genre orchestre pour surprise
partie, avec du saxo et des chœurs, pas trop déjanté mais dansant et joyeux. Le
rock coco est très marrant, avec des cris de perroquets tout du long. Saint-rock
est une sorte de délire sur la Marseillaise revue en version twist (« et
que le rock abreuve nos microsillons ! »). Autre recyclage au goût du
jour twist, la reprise de Je ne suis pas bien portantest une
grande réussite. La version originale de Ouvrard date des années 30 et est très
drôle mais fort datée dans son style musical. Sa transposition sur un rythme
rock fonctionne super bien. Et enfin, l’excellent J’aime pas le rock
démarre sur les chapeaux de roues, avec un super riff de guitare bien soutenu
par une batterie tonique, une intro qui ferait un sacré bon sample à
réutiliser. Et une chanson à énumération avec une scansion géniale de Yanne où
son personnage déverse son dégoût du rock sur des rimes en -able (il est
intolérable, il est insupportable, il est inqualifiable…) Il faut absolument
voir le scopitone, les grimaces rajoutant encore du sel à son assaut !
Signalons aussi que ce disque a déjà été chroniqué par notre cher camarade Pol Dodu sur Vivonzeureux ! https://vivonzeureux.blogspot.com/2016/07/johnny-rock-feller-et-ses-rock-child.html
Après une parenthèse de 3 ans, Jean Yanne sort un nouvel EP
en 1964, sous son nom propre. L’eunuque est le premier et le
meilleur titre du lot, l’un de mes préférés d’entre tous. C’est son deuxième
dans le style cha-cha oriental, mais il est encore mieux que le premier, avec
une lead guitare électrique digne de celle de la BO de Ne nous fâchons pas,
une super compo musicale et un texte drôle et absurde, très bien foutu, sans
oublier un chant à la diction toujours aussi classe ! Sur Mon cher
Albert, on a un mélange de rythme déjà quasi jerk avec des arrangements
de musique classique : étonnant, deux ans avant le Sergeant Pepper des
Beatles et toutes les autres expérimentations qui l’ont accompagné (Stones,
Who, Beach Boys, Ekseption, etc., etc.) ! Les deux autres titres sont funs
mais très peu pop musicalement.
En 1965, encore un nouvel EP sous son nom, avec un brûlot
qui fit son effet en revendiquant la réouverture des maisons closes ! Rouvrez
les maisons est un très bon jerk, soutenu par un orgue et des chœurs
féminins. Avec un texte polémique typique de Jean Yanne, mi-provocateur,
mi-réac, mais très drôle dans sa facture en tout cas. Je m’étais toujours
demandé si le refrain se terminait par « Rouvrez-les maisons, qu’on
dérouille », ou bien « qu’on verrouille », mais après
vérification, c’est bien « qu’on dérouille » que chantent les
charmantes choristes ! C’est très limite, pour sûr, surtout vu
d’aujourd’hui. Après, c’est là toute l’ambiguïté de Jean Yanne, un type à la
fois bourré de talent, drôle, séduisant et respectueux de ses compagnes, mais
aussi un type parfois cynique, misanthrope, misogyne et populiste. Surfant sur
la « révolution » dans les années 70, sans illusions mais en
dénonçant magistralement la publicité et la démagogie du monde politique et
économique, puis finissant par devenir plutôt réac, en pilier des Grosses
têtes sur la fin de sa vie. Malgré tout, il reste pour moi un artiste
marrant et attachant, surtout en tant que chanteur et acteur.
Pour revenir à nos moutons, le meilleur est à venir sur ce
EP de 1965, avec Le pauvre blanc, un délire sur l’histoire d’un
blanc qui voudrait chanter aussi bien qu’un noir - comprendre ici qu’il
voudrait posséder autant de groove qu’un Ray Charles. Cela fait bien sûr penser
à l’excellent titre de Nino Ferrer Je voudrais être noir, sorti à peu
près à la même époque. Tout Jean Yanne est là, avec une intro façon musique
religieuse, suivie par un rythme & blues excellent, et des arrangements
kitsch mais top, avec moults chœurs féminins (« Oh,
seigneur ! ») et des breaks de batterie, annonçant ses futures BO de
films des 70’s ; avec des textes toujours socio-provoc, évoquant les
ouvriers de Renault Boulogne-Billancourt ou le « blanco-spiritual »
en guise de nouveau style musical. J’ai découvert récemment qu’il y a une vidéo
INA de ce morceau, avec même une chorégraphie : excellent !
Et pour finir, on a deux grosses cerises sur le beau gâteau,
en 1966 : un EP fait à deux avec son comparse Jacques Martin, parodiant
sur 4 titres Les Elucubrations d’Antoine ! Ils chantent deux titres
chacun, mais le CD ne contient que ceux de Jean Yanne, qui sont de toute façon
clairement les meilleurs (ce 45t est relativement facile et abordable à se
procurer, contrairement aux autres cités jusqu’ici). Le premier, Hue donc
ou les Emancipations d’Alphonse, est une parodie façon Les Charlots,
avec une voix de paysan et des paroles super débiles et drôles. Pour les
Charlots comme pour Nino Ferrer ou pour les Beatles, on est en droit de se
demander si Yanne a suivi l’air du temps ou s’il ne l’a pas un peu
précédé ! Vu que le premier EP des Charlots avec leur première chanson
façon paysanne (Je dis n’importe quoi, j’fais tout ce qu’on m’dit) sort
lui aussi en 66. Mais la deuxième parodie des Elucubrations est encore
meilleure : Les revendications d’Albert, sur le mode
militant ouvrier communiste (« Les camarades m’ont dit : laisse-toi
pousser les ch’veux, pour l’action syndicale on fait rien de mieux… »). Le
tout sur fond d’harmonica et d’orgue, alors que la version d’Alphonse est
plutôt sur fond de guitare fuzz ; les deux morceaux sont excellents.
Malheureusement, sa production musicale s’arrête ici, pour
ne reprendre qu’au début des années 70, mais s’il avait enregistré en 67/68, on
aurait sûrement eu droit à des trucs psychés super barrés au niveau sonore. Plus
tard, il restera quelques expérimentations notables à venir, notamment en
collaboration avec Michel Magne, mais c’est une autre histoire…
Quelques autres informations discographiques :
Les 45tours EP de Jean Yanne sont très rares et coûtent un
bras (du genre 100€ l’exemplaire). Ils sont tous sortis sur Barclay sauf ceux
sous pseudonymes, qui sont sortis chez Fontana. Et il n’y a pas eu de sortie
d’album vinyle regroupant ses chansons des années 50-60 (uniquement un 25cm en
public à l’Olympia, de 4 titres (mi-chansons mi-sketchs) en 1958 et un 33tours
de sketches, en 1966).
Il aura donc fallu attendre des rééditions en CD, d’abord une
dans la collection Master série de Polygram, en 1994. Celle-ci
reprend tous les premiers EP, sauf celui de Honzlagur Pompernickel. Il n’y a
donc que 18 titres, contrairement à mon CD Chansons et sketches
sorti sur Barclay en 2003 (l’année de sa mort) et contenant 22 titres musicaux
(+ les 3 sketchs de 1966).
Mais trois autres compilations CD sont parues depuis, dont
deux en 2017. Le misanthrope provocateur (EPM Musique) n’offre
pas grand intérêt de par sa sélection incomplète, sauf qu’il réédite les 4
titres de 1958 live de l’Olympia (Jean Yanne et son guide chant) et un
autre morceau inédit : Allo Brigitte, sorti en 1960 sur
Fontana, qui est une collaboration avec Henri Salvador.
Je pense qu’elle n’a
pas été retenue sur les autres compiles car Jean Yanne y fait juste de petites
interventions parlées pendant les breaks de ce cha-cha (tout comme Salvador et
Gillian Hills). Mais c’est un bon titre, qui a d’ailleurs été réédité sur la
compilation Voulez-vous cha cha de Born Bad Records en 2019.
L’autre CD de 2017, Prince de l'humour pince-sans-rire, au vitriol et de l'autodérision, est un double album, de 33 titres en
tout, au contenu assez foutraque (avec un titre sympa mais une pochette particulièrement moche), qui fait avant tout la part belle à ses sketchs, dont certains étaient sans doute
inédits sur disque, suivis par la plupart des EPs (mais pas tous) et quelques
collaborations, dont à nouveau le Allo Brigitte… Mais un ajout très
intéressant à noter ici est la présence de la chanteuse Ginette Garcin,
avec deux chansons écrites par Jean Yanne : L’absinthe et surtout Cresopraxipropanediol
en capsule ; un titre bien drôle et bien rock, qui a été déterré
sur quelques rares compilations, dont le volume 10 de la série Girls in
the garage (à part ça, 95% de la production musicale de Ginette est
constituée de chansons très vieille France).
Dernier titre intéressant sur ce
CD : Scotch cha-cha, qui est la face B de Allo Brigitte,
toujours en duo avec Salvador, et avec un peu plus de texte parlé que sur la
face A ; bon morceau. Ce 45t n’est pas trop difficile à trouver.
Pour finir, la dernière compile CD est due au label
Frémeaux, réputé pour faire des rééditions très complètes et documentées. Je
n’ai pas pu l’avoir entre les mains, mais le track listing est assez
conséquent, avec 38 titres au total, l’originalité étant que le 2ème
CD est consacré uniquement à des interprètes de chansons de Jean Yanne,
dont Philippe Clay, qui semble avoir été le premier interprète de La
gamberge, ou encore Line Renaud… Sur le premier CD, on retrouve le 1er
EP de Jean Yanne (La Gamberge) et le 25cm en public (tous les deux de 1958),
plus les deux EP sous pseudonyme (le Honzlagur et le Johnny Rock Feller) mais
pas les 2 EP de 64 et 65, ni celui avec Jacques Martin parodiant Antoine.
Dommage ! Je crois savoir que c’est pour des questions de droits
d’auteurs, Frémeaux étalant ses rééditions en fonction du calendrier où les
productions artistiques tombent dans le domaine public (ou quelque chose comme
ça). Le titre de cette compilation, Jean Yanne et ses interprètes :
1956-1962 nous laisse cependant espérer qu’une deuxième compile
pourrait sortir chez Frémeaux d’ici quelques années. Par ailleurs, deux autres
productions vintage de Jean Yanne sont révélées ici : 2 titres d’Aladin
et ses joyeux lampistes, Loukoum et Mustapha ; pas pu
les entendre mais sûrement très bonnes. Ainsi qu’un titre avec Bob Azzam,
Le twist est en baisse (1962), mais où une fois de plus, Jean
Yann n’intervient que sur des passages parlés.
Dernier coup de rock important à connaître, concernant Jean
Yanne : il est l’auteur des textes de deux titres d’Hector (&
ses Médiators), légendaire rocker excentrique de Paris, en 1963 : Je
vous déteste et T’es pas du quartier (merci à Wikipedia pour ces
infos !), excellents titres mais qui ne sont pas pris en compte sur les différentes
compilations CD.
PS : Concernant les années de sorties de disques
signalées dans cet article, elles sont bonnes à un an près, car le livret de
mon CD indique presque toujours une date antérieure d’un an à celles qu’on peut
trouver sur les différents sites du genre Discogs.
Cet été j’ai trouvé sur un vide-grenier quelques 45tours
2-titres de Cliff Richard and The Shadows, dont l’un est
particulièrement bien : Blue turns to grey. Une chanson rock très
pop, avec une bonne mélodie et une bonne dynamique. J’ai vite vu que je
connaissais déjà ce morceau, dans une autre version, mais laquelle ?
Peut-être bien en français : une chanteuse sixties, comme Pussy Cat ?
Ou bien un enregistrement rare des Beatles (sur une des compiles CD que m’avait
prêtées mon copain André) ?
J’ai fini par trouver, en cherchant sur Google avec le
titre + « french cover » qu’il s’agissait d’une reprise de Ronnie
Bird. Bon sang mais c’est bien sûr ! Le titre français est Ça
n’est pas vrai, sur le EP orange et jaune de 1967, qui contient aussi la
fabuleuse chanson N’écoute pas ton cœur (je n’ai pas ce collector, bien
sûr, mais on retrouve ces morceaux sur la plupart des compiles CD ou LP de
Ronnie).
Par contre j’ai aussi découvert que la version originale
de ce morceau était l’œuvre des Rolling Stones ! C’était pourtant
marqué sur la rondelle (Richard – Jagger) mais je n’y avais pas fait attention.
Bizarrement je ne connaissais pas cette version, qui ne figure que sur December’s
childrens (décembre 1965) le 5ème album de la discographie US des
Stones, différente de leur discographie anglaise. Mais c’est assez logique car
j’ai surtout connu les Stones à travers la série française des albums « L’âge
d’or des Rolling Stones » et ce titre ne figure pas dessus.
D’après Wikipedia, Blue turns to grey est d’abord
sorti des février 1965, interprétée à la fois par Dick and Dee Dee et
par The Mighty Avengers, sur ce qui semble être une seule et même version
instrumentale. Et les Stones n’en ont enregistré leur propre version qu’en
septembre 1965 ! Mais la version la plus populaire va être celle de Cliff
Richard, sortie en 1966 et qui cartonnera dans les hit-parades de plusieurs
pays (N° 15 en Angleterre). Sa version est beaucoup plus pop que celle des
Stones et elle ressemble plutôt à du Beatles. Celles des Stones est une balade
plus lente et nostalgique, mais très belle aussi. Elle ne sortira sur le marché
anglais qu’en 1971, sur la compilation « Stone Age » !
Et en réécoutant la reprise de Ronnie Bird, on voit très
clairement qu’il a repris la version de Cliff Richard, avec ses superbes
arrangements façon beatlesiens et non celle des Stones, ce qui est amusant vu
qu’il était plutôt dans la mouvance Stones que Beatles. En tout cas sa version
est aussi bonne que celle de Cliff, ce sont mes deux versions préférées de ce
morceau.
Enfin, j’ai enfin découvert que les Flamin’
Groovies avaient également sorti une reprise de Blue turns to grey,
en 1978, sur l’album Now, que je ne connaissais pas. Et pour le coup,
celle-ci est clairement dans la lignée de celle des Stones, sans doute encore
plus lente et nostalgique. Un choix qui peut surprendre, une fois de plus, vu
le culte voué aux Beatles par Chris Wilson et le tournant pop sixties pris à
partir de son arrivée dans ce groupe en 1976.
Tout ça nous fait quand même six versions différentes de
ce morceau… mais j’en ai trouvé encore deux autres sur Youtube. L’une par un obscur
groupe grec en 1967, Stan Oberst with The Loubogg, assez proche de la
version Cliff Richard, rien d’exceptionnel. Et une autre plus étonnante, une
version orchestrale façon George Martin (avec des chœurs, du cor anglais et du
xylophone !) jouée par The Andrew Oldham Orchestra sur l’album The
Rolling Stones songbook, sorti dès 1965 (Oldham qui était le manager des
Stones).
PS : la face B de ce 45tours de Cliff balance bien aussi, c'est Somebody loses, ça sonne un peu comme du Everly Brothers.
C’est un accordéoniste qui a sorti pas mal de disques, dès
les années 40 sur 78tours, puis sur microsillons dans les années 50 et
60 et 70. Ce n’est pas extraordinaire mais il y a plusieurs morceaux bien sympathiques ;
j’ai quelques EP de lui.
Il a fait une belle version du standard Love in
Portofino (A San Christina), boléro, sur 45t Philips (Danse-accordéon
45 N° 2 « Bon pour la danse »). Belle pochette, avec une bande de boutons
jaunes sur fond vert.
Sur le EP N° 18, Protégez-moi seigneur, tout
est bon : la chanson titre (Poderoso senor) extraite de la
BO du film « Le goût de la violence » est un boléro assez sympa. La
reprise de Navarone est marrante (bon, ça reste une marche, qui ne vaut pas la
version ska des Specials, bien sûr). Ma préférence va aux deux valses, qui ont
de très belles mélodies : Il y a des musiques et Si,
mon amour (Sommer in palma).
Sur le EP N°8, encore des musiques extraites de films mais
pas évident de bien comprendre quel morceau est tiré de quoi. Port-aux-Prince
est un mambo que j’aime bien, j’en connais d’autres versions. D’après la
pochette, il viendrait d’un film titré « La fête aux chapeaux »
mais d’après ce que je sais, c’est simplement une chanson de Gloria Lasso, dont
le titre est La fête aux chapeaux, mais dont certaines reprises portent le nom
de Port-aux-Prince. En face B, ce sont des morceaux du film L’Auberge
fleurie (aussi appelé L’Auberge en folie – 1957), dont un chouette
boléro : Partout. Par contre, la valse Que sera sera,
qui ouvre le EP et lui donne son titre, est assez gnangnan ; elle est extraite
du film L’homme qui en savait trop.
Sur le EP N°4, un titre remarquable : une reprise de Mambo
italiano. Ce n’est pas la meilleure (voir pour ça Marino Marini) mais
elle est jouée sur rythme assez original et rapide. Elle est suivie par un baïon
qui est pas mal : Tchi-tchi-ou-tchi.
Sur le EP N°3 (toujours chez Philips) on trouve une bonne version du "tango arabe" Sidi-Bel-Abbes chanté à l’origine par Henri Genès. Par contre la version d’Istamboul est un peu décevante : ça swingue et c’est assez virtuose, mais pour moi ça ne sonne pas du tout rock and roll ou cha-cha comme d’autres qui sont bien meilleures (par Bob Azzam ou Staiffi et ses Mustafa’s, par exemple) ; ça offre quand même une alternative originale.
J'ai dû voir d’autres disques de Duleu en brocante, sans
doute des 33tours des années 70, mais pas retenus car ça avait l’air plutôt
mauvais. Le site Encyclopédisque signale un 45t qui daterait des 70’s et ne
serait pas sur Philips, mais sur Musicora : La marche des
chauves. Et en effet on en voit quelques autres de ce label ici ou là sur Internet.
Wikipedia signale qu’il était copain avec Georges Brassens
et André Verchuren et que son prof d’accordéon fût le père de Charles
Vestraete, autre illustre accordéoniste de sa génération. Mais contrairement à d’autres,
Duleu a très peu touché au rock, il était né un peu trop tôt je pense.
Ah,
Nick Wheeldon ! Cet album est le plus récent d’une déjà longue série, Nick
multipliant inlassablement les projets, année après année, sous divers noms de
groupes qui brouillent un peu les cartes. Mais ne nous y trompons pas, il est
très productif… et inventif ! En toute logique, comme pour Bob Marley ou d’autres,
son nom personnel a fini par s’imposer pour qualifier ses projets (Bob Marley
& The…, Nick Wheeldon & The…) mais il continue à jouer collectif, n’étant
pas du tout du genre prétentieux. D’ailleurs on se demande comment il fait pour
réunir quasiment chaque année un nouveau groupe d’excellents musiciens
français, dont on n’avait pas forcément entendu parer avant et qui l’accompagnent
admirablement sur ses albums et sur scène. C’est le cas avec les Living Paintings
comme ça l’était avec les Demon Hosts l’année dernière, ou avant avec les Necessary
Seprations, 39th & The Nortons ou encore avec Os Noctambulos, groupe qui
vit toujours même si en stand-by ces derniers temps.
Nick
est arrivé en France vers 2012 avec Coline Presley, une fan de garage-rock
originaire du Mans, passée par Paris puis par Sheffield, où ils se
rencontrèrent. Dès leur installation à Paris, ils fondent Os Noctambulos
avec Baldo (batterie) et Valentin (lead guitare), tandis que Coline tient la
basse et Nick la guitare rythmique et le chant. C’est du garage rock très sixties
et mâtiné de surf music, excellent ! Ils seront plus tard rejoints par le
talentueux Chris Bartlett à la pedal steel guitare et publieront plusieurs
albums et quelques 45 tours (tous sur vinyl sauf un sur K7 mais qui sera
réédité en 25cm).
Cependant,
Nick diversifie rapidement les projets, avec 39th & The Nortons,
excellent groupe, un peu plus orienté pop qu’Os Noctambulos et auquel
participera Jaromil Sabor, un musicien de Bordeaux qui vaut le détour lui
aussi. Puis avec The Necessary Separations, plus orienté country et folk
(c’est là où il rencontre Chris Bartlett). Ces deux projets sont tout aussi
intéressants que le premier. Parallèlement, Nick assure aussi, dès ses débuts
en France, des sets en solos (guitare-chant), un exercice périlleux mais dont il
se tire de tire de mieux en mieux, n’arrêtant pas de progresser dans son jeu de
guitare comme dans son chant et avec une présence scénique indubitable !
D’où
l’aboutissement vers des albums « solo » sous son propre nom, même si
toujours accompagné, à partir de 2021 avec un premier album intitulé Communication
problems, par « Nick Wheeldon & Friends », composé en un
seul jour et enregistré avec divers amis pour chacun des 11 titres qui le
composent. Mais d’autres projets émaillent son parcours, dont un album avec Alizon
en 2018 (Nick & Alizon) ou encore avec Vincent Vauchez au sein de Domo
Komo en 2020 (album Bugs) et sa participation au groupe Les
Soucoupes Violentes, à la basse, pendant quelques années. Mais cette liste
de collaborations est loin d’être exhaustive… Le mieux est de se reporter à sa page
internet, très complète : https://nickwheeldon.com
Son
album Gift en 2022 est particulièrement réussi et il obtient (entre
autres articles de presse) les honneurs de Rock & Folk qui le
désigne comme album du mois en 2022 (une rubrique habituellement réservée aux
grosses pointures poussées par les maisons de disques et qui ne me parlent pas
d’habitude ; mais pour une fois, j’adhère à 100% à leur choix).
Il
est donc suivi cette année par Waiting For The Piano To Fall, un
album moins évident et dans lequel j’ai plus de mal à entrer, mais toujours
très beau, avec du piano, du chant en duo, plein d’harmonies et divers
arrangements. Présentation à la Mécanique Ondulatoire (Paris, 11e) vers
mars 2024, avec un set un peu plus rock & roll que l’album, avec deux
guitares et toujours ce chant intense et abrasif de Nick. Puis j’ai l’occasion
de revoir le groupe début juillet, à L’International (Paris 11e),
sans le deuxième guitariste, mais avec un vrai piano acoustique qui sonne magnifiquement
bastringue et un violoniste (présent sur l’album mais pas à la Mécanique). Le
son global est excellent, les musiciens aussi, tous, pour une prestation intense
et avec un son assez acoustique mais très plein, très chaleureux, de la haute voltige !
Du coup je réécoute plus attentivement l’album à la maison et s’en dégagent
quelques morceaux particulièrement attachants, comme They’re not selling
flowers around here anymore, ou surtout Oh ! Surprise,
qui m’a interpellé dans sa version live à l’International. Des mélodies très
efficaces et entêtantes ; c’est du travail très fin, de l’orfèvrerie
(pour reprendre un cliché souvent appliqué à propos de Love ou des Zombies,
mais c’est justifié) ! Idem pour Black Madonna, qui ouvre
magnifiquement la face B. On est beaucoup plus dans la douceur et la nostalgie
que sur les albums d’Os Noctambulos (plus garage rock) mais c’est tellement
beau que ça passe terriblement bien (car le folk reste quand même un genre très
casse-gueule, surtout en France – bon, ça tombe bien, Nick est anglais). Sur le
morceau titre, Waiting For The Piano To Fall, encore une
excellente partie de basse et des arrangements qui me font penser au 3ème album
des Allah Las. Mais sinon, questions références, Nick me rappelle de temps en temps John Lennon
ou Bob Dylan (excusez du peu) ! Evidement, Nick possède bien d’autres
influences et les miennes sont assez limités, notamment dans le domaine de la
pop indé et du folk ou de la country, mais bon, en tout cas, il soutient la comparaison
avec quelques-uns des musiciens les plus illustres.
Et
bien sûr, il est déjà sur le point de sortir encore un nouvel album, comme
toujours ! On a du mal à le suivre mais c’est tant mieux ! Pourvu que
ça dure - et c’est bien parti pour… Si vous le voyez annoncé en concert près de
chez vous, ne le ratez pas, vous direz sans doute un jour à vos enfants : « j’y
étais » !
Très bonne compilation en 3 CD sur Franklin BOUKAKA, un musicien important de la République du Congo dans les années 60. Il est mort très jeune, tué lors d'un putsch militaire en 1972.
Le premier des 3 CD est consacré à son album le plus connu, Le Bucheron, enregistré et produit avec Manu Dibango en 1971. C'est pas mal mais ce n'est pas le meilleur.
Les deux autres CD recèlent des enregistrements plus anciens, de 1965 à 1970, notamment avec l'orchestre Cercul Jazz. Cela sonne très bien, un groove soul africain comme celui qu'on peut retrouver sur les compiles du Label Analog Africa. Plein de guitares, très mélodique. Le chant est souvent en congolais, mais aussi parfois en français, comme sur l'excellent titre "Les Ecoliers" ou encore sur "Les Brazavilloises" (CD N° 2).
Le livret de ce coffret CD renseigne sur le parcours de Boukaka, mais explique aussi comment des proches et des passionnés ont pu retrouver divers 45tours ou enregistrements, conservés ici et là, afin de les sauver de l'oubli par cette édition, très complète (58 titres).
Un petit aperçu sonore à écouter ici (Pont sur le Congo) :
Une chronique d'un 45t de cet artiste a été faite sur le site Vivonzeureux de l'ami Pol Dodu en 2015 :
J’ai trouvé récemment ce 45tours que je n’avais pas, des
excellents Au Bonheur des Dames, dont j’aime le premier album 33t, Twist,
depuis mon enfance. Mais dès l’écoute du 45tours, j’ai senti qu’il y avait un
truc bizarre : ce n’était pas exactement la version dont j’avais
l’habitude. J’ai alors réalisé que dans celle-ci, on mâche des Malabars alors
que sur l’album, on mâche « de la gomme » ! Et un coup
d’œil aux dates d’enregistrement, sur l’étiquette de mon 33t, confirme le
truc : tous les titres ont été enregistrés en 1973, sauf le premier de la
face A, Mâche de la gomme, qui date de 1974 ! Et c’est là
que je découvre, sur Discogs, qu’il y a eu 2 pressages de l’album Twist, un en
1973 avec Mâche des Malabars et un en 1974 avec Mâche de la
gomme !
On imagine facilement que l’entreprise des chewing-gum
Malabar a dû exiger qu’on n’utilise pas le nom de leur marque déposée, ce qui a
obligé les joyeux drilles à retourner au château d’Hérouville pour enregistrer
une nouvelle version. Mais après tout c’est tant mieux, car je trouve que la
phrase sonne mieux avec gomme, en une syllabe, au lieu de deux syllabes pour
Malabar. Et en plus, ils ont dû refaire la musique qui est légèrement mieux, à
la fois plus nerveuse et plus orchestrée.
Concernant la face B, elle contient Détonateur rock,
autre excellente compo de Ramon Pipin, plus rock, alors que la face A est plus
jazzy. Super paroles, marrantes et sonnant très bien. Même version que celle de
l’album, cette fois. En tout cas l’album Twist mérite d’être écouté en
entier, car il ne contient quasiment que des bons trucs, dont l’excellente
reprise des Pingouins : Oh les filles ! qui fit un gros tube à
l’époque. Cette chanson existe aussi en 45tours, avec une très bonne face B,
plus sauvage : Ego Dames (titre également présent sur l’album). Ça
devait être vraiment marrant de voir ce groupe à l’époque, une tribu improbable
d’héritiers des Mothers of inventions et des Charlots, jouant du twist et
rockabilly à contre-courant de l’époque, en pleine période de folk et rock
progressif.
Voilà un disque légèrement mystérieux, tout d’abord car le nom de l’artiste n’apparait pas sur le recto de sa belle pochette d’un bleu profond. Ensuite on ne sait pas trop si Roger Damin est accordéoniste ou chef d’orchestre, ou bien les deux, ou encore clarinettiste… Cet EP contient deux bons titres sur quatre, un par face : La Moisson, une jolie valse (compo de Louis Ferrati), ouvre la face A, et surtout, Dis la vérité clôt la face B. Il s’agit d’un boléro dont le titre original est Tan solo la verdad (compo de Luis Araque, arrangée par Pepe Luiz). Il y a de beaux passages d’accordéon soliste, hésitants et touchants. Dommage qu’une clarinette et une flûte au style assez convenu affadissent un peu le morceau.
Pepe Luiz, je le connais, il a enregistré pas mal de cha-cha sur disques Ducretet-Thomson. Mais on trouve peu d’infos en ligne sur Roger Damin et très peu de disques référencés, à part un 33-tours sur Discogs et Encyclopédisque, qui date des années 70. Il semble pourtant qu’il ait enregistré plusieurs disques dans les années 60 et 50, et même des 78-tours. Au moins 4 EP sur le petit label Président Records, listés au verso de la pochette de mon exemplaire, non daté mais à coup sûr antérieur aux années 60. Internet confirme qu’il s’agit bien d’un accordéoniste, mort assez jeune car ayant vécu de 1934 à 1984.